Juge et partie ?

Le BE de Geodis BM signe un audit

sans tabou chez Gascogne

 

En trois mois Geodis BM a mis à jour un gisement de productivité d'un million d'euros dans les transports de Gascogne, grand groupe industriel français de la filière bois, papier et emballage. Le BE n'a pas hésité à mettre en cause le business de Geodis en présentant ses conclusions. Retour sur cet audit qualifié d'exemplaire par Éric Godron, directeur achats et logistique de Gascogne.

 

> "Quand j'ai annoncé que je confiais notre audit transport à l'un de nos transporteurs, les critiques ont fusé", révèle Éric Godron. Mais à ceux qui vantent l'indépendance des cabinets, le directeur achats et logistique de Gascogne répond sans ambages : "Ils connaissent mal le terrain et rien ne les oblige à fournir les preuves de ce qu'ils recommandent".

Soit. Mais peut-on être juge et partie ? Comment le bureau d'études de Geodis BM va-t-il se comporter quand il sera confronté à ses propres équipes opérationnelles ? Saura-t-il, le cas échéant, remettre en cause les solutions mises en place par son propre groupe ? On a beau souligner les mérites de l'expérience, l'impartialité d'un BE peut avoir des limites…

Le transporteur face à lui-même
"Notre force,
souligne le patron du BE de Geodis, résidait dans un engagement formel, celui de mettre en œuvre nous-mêmes, si le client nous le demandait, les préconisations que nous allions faire. Ainsi nous pouvions être sommés à tout moment de fournir des preuves, ce qu'un cabinet d'audit ne pourra jamais offrir." D'emblée, Éric Bonte mesure les risques déontologiques de la mission. "J'arrivais sur les sites sans prévenir,et tout particulièrement les sites où opèrent nos propres flottes."

Mais le premier mois d'investigation est assez peu fructueux. "La plupart des segments avaient une organisation transport excellente et peu coûteuse, appuyée sur des prestataires de qualité pratiquant des tarifs raisonnables." A deux mois de l'arrivée, la collecte des données n'est pas terminée et la pression du client s'accentue. Eric Godron, qui accompagne son auditeur sur le terrain, mesure les difficultés de l'exercice mais se refuse à rentrer bredouille. "Il nous est déjà arrivé de ne rien trouver", lui rappelle Eric Bonte. En ce cas, le coût de l'audit ne s'amortit que sur la certitude que le client retire d'avoir une organisation transport optimum. Certitude dont le coût risque de troubler la tranquillité d'esprit qui devrait en découler…

Ce n'est qu'au début du troisième mois que le pendule d'Éric Bonte prend de la vitesse. En cartographiant les points de livraison desservis par les entrepôts, le BE flaire une piste, qui sera la plus belle du parcours : compte tenu de l'implantation des clients, les produits sont-ils entreposés au bon endroit ? Deux CD de calculs plus tard… éclate une évidence : en regroupant certains produits dans l'un des entrepôts – redimensionné – on peut réduire les flux de livraison de plusieurs centaines de milliers de tonnes-kilomètre ! L'économie est de 600 000 euros par an, une baisse de 37 % sur la facture du transporteur. Le seul problème, c'est que cette facture, c'est Geodis qui l'émet… Vous avez dit problème ?


Gascogne a confié un audit à l'un de ses transporteurs : un pari sur la déontologie mais aussi sur la clairvoyance du partenaire.

Logique de la preuve
"Bien sûr, confie le patron du BE, j'ai pris mon téléphone et j'ai prévenu la filiale de Geodis titulaire du contrat. Mes interlocuteurs ont joué le jeu."

Défendue par Gascogne, la logique de la preuve jouera jusqu'au bout. Geodis BM sera impliquée dans la mise en œuvre d'une partie des solutions préconisées : retour partiel au transport public en Ile-de-France, repositionnement d'un site, regroupement de flux sur un transporteur moins cher, suppression d'un passage à quai…

Une partie seulement. Plusieurs fois, le BE a validé le prestataire en place. "À notre demande, Gascogne nous a ouvert tous les livres de tarifs", précise Éric Bonte. Une telle transparence peut surprendre et n'est pas sans risque. "C'est un pari sur la déontologie, mais aussi sur la clairvoyance du partenaire, souligne le directeur achats et logistique. Ce pari, nous l'avons gagné au-delà de nos espérances ! "